Petite, je perdais une dent et Fée ma mère m’offrait des sous qui me paraissaient fortune. Grande, c’est moi qui doit payer plus qu’une fortune lorsque je “perds” une dent. C’est ce qu’on appelle atteindre l’âge de “sagesse” ?

Août 2000… Rassemblés chez Kamal et Hicham, nous nous promettions une journée bien remplie : papotages, compétitions de F1 sur Playstation, shisha, spécialité culinaire du “chef” Kamal et préparatifs avant d’aller rejoindre le DJ à sa boîte de nuit pour une soirée folle. Nous étions neuf : Kamal et une amie marocaine, Hicham et sa copine espagnole, le frère d’Hicham, une amie espagnole de ce dernier, Rachid, Aziz et moi. L’après-midi passa en coup de vent et, surtout, en éclats de rire. C’était l’un de ces après-midi d’été qu’on souhaiterait répéter d’année en année. Un de ces après-midi où la moindre tension était vite chassée. Le tajine mijotait sur le feu depuis la fin de la matinée et nous allions enfin pouvoir y goûter d’ici une petite heure.

S, la copine d’Hicham, décida d’aller se doucher pendant ce temps. Certains jouaient aux cartes, alors que fidèles à nos habitudes, Aziz et moi nous nous amusions à nous prendre la tête. On ne pouvait trouver plus casse-pieds que nous. Notre sport favori était l’engueulade basée sur des riens ; les prises de tête aiguës qui laissaient croire à bien des gens qu’on ne se supportait pas, alors qu’il en était autrement. Il était pour moi un frère, et en digne soeur cadette, je jouais mon rôle d’emmerdeuse. Alors que nous atteignions les limites de ce qui pouvait se dire, Hicham vint nous interrompre en catastrophe. S allait mal et il fallait quelqu’un apte à prendre son pouls et à faire un massage cardiaque si nécessaire : moi.

Arrivée près d’elle, je pu constater qu’elle était toujours consciente malgré ses malaises. Son pouls était irrégulier, elle avait quelques étourdissements et des bourdonnements dans les oreilles. Malgré sa malformation cardiaque, S me répétait que le problème était sûrement une chute de pression. Je partis donc à la cuisine lui verser le verre de jus d’orange qu’elle réclamait. J’y croisai les regards inquiets de Rachid et Aziz. Je leur expliquai brièvement ce qui se passait et j’ajoutai : « Vous allez sans doute me trouver ridicule les mecs, mais j’ai l’impression d’avoir la tête qui tourne. C’est psychologique mon truc… » Rachid sourit à peine et me dit que je n’étais pas la seule. Aziz désamorça le tout en affirmant que nous avions un peu trop abusé de la shisha. Bien. Je retournai auprès de S et Hicham et après quelques gorgées de jus, on dû la ramener à la salle de bain. Elle avait la nausée. Alors que S était penchée au-dessus de la cuvette et que nous la maintenions du mieux que nous pouvions malgré le manque d’espace, Hicham s’affala sur le sol et sa tête se heurta à la baignoire. Je criai à l’aide. Aziz se pointa et pu retenir S, car je m’étalai à mon tour de tout mon long sur le sol.

Je ne sais trop combien de minutes s’écoulèrent ensuite. Tous tombaient un à un sur le sol. Tous, sauf Kamal, Aziz et Rachid. Rachid n’était pas en super forme, mais il était en mesure de contacter les secours. De leur côté, Kamal et Aziz nous transportèrent dans le corridor de l’immeuble et cassèrent les fenêtres donnant sur l’extérieur afin que l’oxygène pénètre en bonne quantité. Certains reprenaient conscience petit à petit, mais S et moi gisions toujours sur le sol, totalement inconscientes. Nous flirtions avec la mort.

L’ascenseur était en panne et le médecin tardait donc à arriver. Elle devait gravir les 7 étages et tout ça, avec son ventre de femme enceinte de 6-7 mois. Une fois sur place, elle se concentra sur S. C’était elle la plus à risque. Aziz et Kamal mirent tous les efforts pour me sauver. Mes problèmes pulmonaires faisant sûrement de moi une victime plus facile. Lorsque je repris conscience, Aziz avait ses doigts enfoncés dans ma gorge et je lui gerbais dessus. Les premiers mots que j’entendis furent: « Reprends conscience, F va me tuer, reprends conscience… » Faut dire qu’il prenait son rôle de frangin protecteur à coeur et qu’il y avait une entente silencieuse entre le DJ et lui : le DJ lui faisait totalement confiance pour garder un oeil sur moi en cas de pépin. Le médecin vint ensuite me faire des injections de codéine et après s’être assurée que l’appartement avait été bien aéré, elle nous dit qu’il n’y avait plus de danger. Nous sommes donc entrés sans nous poser plus de questions. Je ne me rappelle plus si on a prit le temps de manger, mais une heure ou deux après, nous étions au salon et je lance à Aziz: « Ça ne va. Je recommence à avoir des vertiges et du mal à respirer… ». À peine je prononçais ces mots que S était à nouveau inconsciente. On nous transporta d’urgence à la clinique. Début d’une deuxième intoxication au gaz…

Tout le monde s’en sorti indemne, bien que S et moi avons eu des complications respiratoires dans les semaines suivantes. Kamal et Hicham trouvèrent enfin la source du problème : le tuyau qui reliait la bombonne de gaz à la plaque de cuisson avait un infime trou. Si infime que le gaz s’était accumulé toute la journée, alors que le tajine cuisait, que plusieurs s’étaient allumés des cigarettes au courant de la journée, que nous avions fumé la shisha une partie de l’aprem et ainsi de suite. Ça aurait pu être pire. Sans Kamal et Aziz qui avaient une bonne résistance aux émanations toxiques, ça aurait fait tout un scandale dans les journaux tangérois : Neuf jeunes adultes sont décédés, intoxiqués au gaz, dans un appartement après, semble-t-il, une excentrique journée. Parmi ces neufs personnes, nous dénombrons trois étrangères dont deux espagnoles célibataires et une canadienne mariée et mère d’une jeune fille d’à peine 3 mois, une jeune femme marocaine célibataire et cinq marocains célibataires. Notons que l’époux de la canadienne n’était pas présent. J’exagère à peine, car selon le médecin, si Kamal et Aziz n’avait pu nous sortir au couloir et s’étaient évanouis, il nous restait tout juste quelques minutes à vivre…

Ma vie était quelque peu en suspend ces derniers temps. Comme toute personne qui se respecte, j’en avais marre de faire la girouette en étant à contrat pour mon employeur. C’est bien beau d’avoir des contrats qui tombent l’un après l’autre, mais ça n’apporte pas la sécurité que l’on souhaite en tant que trentenaire. Un matin, je me suis enfin dit: safi, c’est assez, et j’ai fait mes devoirs. J’ai donc négligé mon blogue au profit de ma chasse à l’emploi et je peux enfin crier mon soulagement. Je commence demain mon nouvel emploi (permanent !) et j’espère bien trouver le temps et l’inspiration d’écrire quelques autres lignes ici (plus potables cette fois) sous peu.

Il y a quelques jours, alors que je voguais sur les blogues habituels, je suis tombée sur un billet de l’Intellexuelle qui offrait à son tour le PIF (Pay it forward). J’avais bien remarqué cette nouvelle mode blogueste, mais je n’avais pas eu l’occasion de m’y arrêter. Cette fois, chez l’Intellex, j’étais dans les premières à m’y pointer et j’ai plongé.

Mon tour est donc venu de participer à cette chaîne du «Payer au suivant».

Voici les détails :

* N’importe qui possédant un blogue peut participer ;

* Les trois premières personnes à laisser un commentaire sur ce billet recevront un cadeau préparé par moi-même ;

* Je vous enverrai votre cadeau dans les 365 prochains jours ;

* En échange, vous devrez «payer au suivant» en faisant la même promesse sur votre blogue (Je ne vous enverrai pas votre cadeau tant que vous n’aurez pas posté de billet à propos du jeu ! Il faut donner pour recevoir !).

Qu’ai-je à offrir ? Eh bien, je voulais d’abord offrir des tatouages au henné, mais je me disais que la distance ne simplifierait pas les choses, alors vous recevrez un cadeau fait main de ma part. Ce pourrait être un coffret du genre de ceux sur les photos des liens qui suivront ou un autre truc de ma création: porte-clés, etc. Nous verrons bien où la créativité me mènera. Toutefois, je suis ouverte aux discussions si jamais un truc en particulier vous tente.

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À vos claviers ! Les trois premiers blogueurs qui écriront un commentaire mériteront un petit cadeau ! :)

On est de bonne oreille. On s’investit émotionnellement au fil des histoires aussi dingues les unes des autres. Tout lui arrive, tuile après tuile, brique après brique. Après un café en sa compagnie qui nous a évidemment vidé, on se demande quand la vie va enfin l’épargner. Après quatre de ses coups de téléphone dans la journée, on est aux prises avec ses problèmes, on réfléchit et on se demande quand les choses se calmeront pour elle. Lorsque nos problèmes nous affligent, on a immédiatement à l’esprit ses mille malheurs et on se console. Puis au gré d’une pleine confiance qui s’installe, elle nous en confie encore plus chaque jour. Un voisin qui l’épie, une connaissance qui souhaite sûrement sa mort, une inconnue qui l’a bousculé dans une boutique certainement parce qu’elle lui en voulait d’avoir acheté le seul chandail qu’elle convoitait. On ne doute pas, elle nous le raconte alors qu’elle est encore sous l’effet de la colère et on la croit. On la croit malgré les caisses d’histoires qui s’empilent dans un placard de notre cerveau. Et plus ça va, plus les histoires se répètent, plus il y a acharnement. Une idée foule notre esprit, mais on la chasse rapidement en se culpabilisant d’y avoir même songé. Alors on l’appelle, on prend de ses nouvelles et l’on fait de la place dans un autre placard pour les boîtes à venir. Elle en profite et nous assaille à toute heure du jour. Les mois s’écoulent et on réalise qu’on suffoque. Elle nous a bourré, nous a asphyxié et c’est maintenant que notre instinct de survie prend les rennes et nous guide à travers les tumultes qu’un esprit malade a semé. Et on s’en veut. On s’en veut d’avoir investit autant. On s’en veut d’avoir été aussi naïf et de s’être laissé mener par les vagues de ses délires et distorsions. On voudrait bien l’aider à cheminer vers les soins nécessaires pour le mal qui la ronge, mais on n’y peut plus rien. Elle a siphonné toute l’énergie qu’on avait et faut se l’avouer, rendu là, on préfère s’en éloigner. La maladie mentale n’est pas des plus faciles à côtoyer, surtout lorsqu’elle n’est pas traitée. Alors on coupe les ponts, on choisit de désormais penser à soi et sa famille et, à quelque part, on choisit de se protéger, car à ses yeux, l’on est désormais l’ennemi juré.

Ce qu'ils ont dit

La volonté est tellement libre de sa nature, qu'elle ne peut jamais être contrainte. (Descartes)

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