La première fois que je suis allée me balader dans les souks de la Medina, c’était accompagnée de mon DJ. Je ne crois pas avoir acheté quoi que ce soit ce jour-là. Tout ce dont j’ai souvenir est l’ambiance qui y régnait. Je me souviens de certains faits qui m’apparaissaient cocasses, comme ce guignol porteur d’eau arpentant les étroites rues bordées de kiosques et petites boutiques. Mon cerveau surchauffait. Trop d’images à enregistrer. Trop d’informations à trier et classer. Je rencontrais le sublime, mais aussi le misérable. Je vivais enfin le choc culturel ; celui que j’espérais trouver, celui qui m’avait appelé dans ces contrées lointaines, celui qui parviendrait à me faire oublier tout cet égoïsme et cette vie infernale auxquels j’avais tourné le dos en prenant place à bord du 747 me menant à l’aéroport Mohamed V en décembre 1998. J’avais bien fait un survol d’une journée de Casa. J’avais également pu faire un petit saut à Rabat. J’avais enfin pu marcher dans les rues de Tanger. Mais, malgré ma surprise lorsque je constatai que l’eau sale ayant servi à laver les planchers se déversait sur les trottoirs via de petits trous sur les murets avant des balcons des immeubles, je n’avais pas encore été complètement transportée. J’humais les divers parfums, même les plus mauvais, et j’essayais d’étoffer mes connaissances olfactives. Je scrutais la foule et j’arrivais déjà à déceler un paquet de trucs sur chaque personne, sans même les connaître. Le non verbal parlait à lui seul et plus qu’ailleurs. J’étais fascinée, mais n’empêche, il m’avait suffit que d’être témoin de quelques salamaleks pour me faire une joie d’y participer. Tantôt étincelants, tantôt ternes, les sourires qu’on m’offrait étaient pour moi d’une richesse inégalée. Quelques fous rires me gagnèrent lorsque je m’imaginais faire de même dans un supermarché à Montréal. Cette réserve, cette aseptisation de notre bulle m’avait fait perdre bien des découvertes, des introspections.

J’explorais donc les ruelles marchandes de cette Medina et j’avais soif. Soif de connaissances, de découvertes, de révélations. Ce jour-là, je me fis la promesse de retourner errer dans cette vieille ville à chaque moment de découragement, chaque fois que je remettrais mon choix en question. C’est ce que je fis.

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J’adorais cette petite boutique. Les trésors que j’y dénichais y étaient pour quelque chose. Toutefois, c’est la chaleur humaine qui m’y ramenait. J’y avais fait la connaissance du propriétaire : un homme d’un certain âge riche d’histoires abracadabrantes mais fascinantes. Nous avions sympathisé et dès lors qu’il me voyait passer le porche de son commerce, il partait me chercher un petit banc dans l’arrière-boutique en m’indiquant que notre thé à la menthe arriverait sous peu. Pas de coup de fil pour le commander à un quelconque café. Il faisait signe au jeune homme de la boutique en face et ce dernier venait nous en servir un verre. Je passais alors une heure à écouter les frasques de mon vieil ami et je profitais des quelques minutes où l’on était interrompus par des clients pour réfléchir aux pistes philosophiques où il m’avait conduite. C’était ça « mon » Maroc et tellement plus encore…