J’étais jeune et insouciante. Les murs ne pouvaient me contenir. J’avais besoin d’air, du grand air. Il n’était jamais trop tôt pour ouvrir l’oeil. Je montais à l’étage en vitesse, question d’avaler un petit déjeuner copieux et c’est en engloutissant le dernier bout de mon pain grillé que je m’empressais de m’habiller. L’aventure m’appelait.
Chaque jour était gage de renouveau. Parfois, avec les voisines, nous nous improvisions gymnastes et nous nous amusions à faire mille figures et pirouettes sur le gazon ou sur la jolie barre parallèle qui était en fait la barre métallique de la clôture qui séparait nos terrains ; les adultes ayant pris soin de découper un grand rectangle, nous évitant ainsi d’emprunter la route pour se rendre visite. À d’autres occasions, nous nous faisions guerrières. Avec le pique-nique amoureusement préparé par nos mamans, nous prenions la route des champs et allions à l’aventure. Plus haut, après les montagnes et les champs, nous retrouvions notre sous-bois. Celui-là même qui abritait notre seconde demeure, faite de planches récoltées ici et là et d’un tas de matériaux divers. Déjà, nous recyclions. Le danger n’était pas notre ennemi. Nous avions nos branches de quenouilles en guise d’épées pour nous défendre. Ce n’est que plus tard, alors que j’avais quatorze ou quinze ans, que je trimballais la carabine à plombs, croyant naïvement qu’elle nous protégerait d’un ours brun enragé comme il s’en trouve dans les forêts saguenéennes. Entre six et douze ans, quand ce n’était pas la gym improvisée ou les guerrières dans les bois, nous nous amusions aux fermières sur la ferme laitière de la famille de mes copines ou nous faisions les acrobates en grimpant dans le fenil ou en essayant de garder notre équilibre sur les bottes de foin entassées dans la remorque tirée par le tracteur. Mes journées étaient fantastiques, mais épuisantes. Je rentrais à la maison vers 17h30 et il m’en fallait beaucoup pour contenir mes mots. J’avais envie de crier mon bonheur, de raconter à ma mère comment ça avait été merveilleux de donner le biberon au petit veau malade. Mais le mot d’ordre était silence à table. Alors je parcourais les images-souvenirs entre deux bouchées et je les rangeais dans le plus précieux de mes tiroirs, celui de ma mémoire de jeunesse. Une fois au lit, je ne songeais plus aux événements de la journée. Je rêvassais au lendemain. Je me voyais aller donner du foin à Tibi, le poney. Je savais que j’irais faire mon tour à la laiterie, que j’embêterais le taureau du champ voisin de la maison, que j’irais faire une irruption rapide chez ma grand-mère pour lui demander quelques bonbons et que les voisines et moi irions nous balader à bicyclette en s’amusant à franchir le tracel, ce petit pont de cordes et bois menant à une petite centrale électrique. Épuisée par tout ce programme, je sombrais enfin dans un sommeil lourd et réparateur.
Dire qu’aujourd’hui, comme la majorité des parents, je me dois d’être imaginative pour stimuler mes enfants. Ces enfants qui, comme la plupart, répètent sans cesse qu’ils ne savent plus à quoi jouer et qu’ils s’ennuient, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur. Ces enfants qui ont accès à plein de merveilles, mais qui s’en lassent rapidement. Ces enfants qui, grâce aux souvenirs d’une jeunesse révolue, sont poussés à être créateurs.





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23 octobre 2007 à 10:52
identites
Joli texte… Douce nostalgie…;)