Novembre, mois de déprime automnale et du temps maussade. Mois annonciateur de la période la plus festive de l’année où la magie n’est plus que pour les tout-petits. Mois qui, malheureusement, est l’un des plus difficiles pour les plus démunis, car il rappelle ce manque qui fera qu’il n’y aura pas de cadeaux sous le sapin (si sapin il y a), pas de table garnie de douceurs. Que l’on fête Noël ou non, ce mois d’abondances et de réjouissances nous atteint dans de telles circonstances, car chaque petite chose est là pour nous rappeler que d’autres s’attellent à recréer la féerie du temps des fêtes.
Novembre, mois qui voit également surgir les complaintes de ces gens qui, aussi incompréhensible que ça puisse l’être, ne s’en sortent jamais et pataugent dans la même mare. Ces gens qu’on entend à peine au printemps, en été, en automne et qui, soudainement, vont si mal fin novembre, à l’annonce des Fêtes. Je n’ai plus de tolérance pour ces gens. Je ne suis pas fière de l’avouer, mais reste que je n’en peux plus des mêmes lamentations qui se répètent année après année. Pourquoi est-ce que ces gens ne se prennent jamais en main ? Comment peuvent-ils en être au même point chaque novembre, des années durant ? Oh, ils auront toutes les défaites du monde évidemment. Ils sont nés pour un petit pain… Les pires malheurs n’arrivent qu’à eux… Ils font tout, mais rien ne fonctionne comme ils veulent… Il n’y a pas d’emplois… Le salaire minimum, c’est trop peu… Je pourrais continuer ainsi encore une heure. Sachez toutefois que je ne parle pas à travers mon chapeau.
Il y a deux ans, tout allait mal. Nous étions en région éloignée et malgré nos diplômes et notre expérience, nous n’avions pas d’emploi bien rémunéré. Ajoutons à ça une bagnole (dont nous avions besoin, car entendons-nous que travailler au Saguenay sans voiture en se fiant sur le transport en commun, ce n’est possible) qui demandait toujours des réparations hors de prix et couronnons le tout par ma perte d’emploi. Que nous restait-il ? Un seul salaire et minimum de surcroît, et ce, pour faire vivre une famille de deux adultes, deux enfants dont un bébé aux couches. Nous en avons bavé, je ne le cache pas. Mais nous avons tout de même vécu un bon moment sur ce maigre salaire. Si ça n’avait été du remboursement de mon prêt étudiant personnel, nous ne serions peut-être pas allés si bas. Mais je me souviens très bien du moment où nous avons dû nous résigner à nous tourner vers le petit cochon de notre fille et le pot où l’on accumulait les cennes noires. Je me souviens très bien de notre soulagement lorsque nous avons constaté, après avoir roulé les sous et additionné le tout, qu’il y avait 30$, ce qui signifiait qu’on pourrait acheter du lait, du pain, des oeufs, des pâtes, du beurre d’arachides, des légumineuses et peut-être quelques fruits. Je me souviens aussi de ce moment où j’ai dû marcher sur mon orgueil et demander de l’aide auprès des organismes et ainsi de suite. Je me disais que ça me donnerait le répit nécessaire pour me retrousser les manches encore plus. Un an et demie plus tard, notre situation a changé pour le mieux. Nous avons quitté la région pour nous installer à Montréal où l’emploi était plus prometteur et nous avons donné tout ce que nous avions d’énergie afin de modifier notre sort. Nous avons toujours ce bazou qui brise fréquemment, mais nous sommes également propriétaires d’une voiture toute neuve et les dettes accumulées ont été remboursées. Nous ne sommes pas les heureux gagnants d’un gros lot. Nous travaillons tous deux et nous envisageons l’avenir d’un bon oeil. Nous aurions certes pu rester là à nous plaindre et attendre que les gens nous aident, mais nous ne sommes pas du genre à abuser de la bonté des autres. Voilà, je mets le doigt sur ce qui me titille vraiment… Cette manie d’abuser de la bonté des gens, de leur servir encore et encore les mêmes rengaines pour tout obtenir facilement, sans y mettre d’efforts. Novembre, cette période de l’année où les complaintes vont bon train, car c’est le mois de l’année où il est plus facile d’abuser de la générosité en jouant trop souvent la carte de la pitié.





10 comments
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28 novembre 2007 à 3:38
louladekhmissbatata
Kennza,
Beau billet. Et oui que nous en avons bavé. Je revis des souvenirs en te lisant. Contrairement à vous, nous avons quitté le West Island pour le N.-B. rural et si cela était était à refaire, ce serait le même chemin sans aucune hésitation. Je me souviendrai encore du jour où il y avait un excédent dans le compte bancaire. En fait, ce sont des moments qui nous révèlent le potentiel qui sommeille en nous. Notre rêve avait été de vivre au Pérou ou en Egypte. Je fus celle qui dit non pour l’Egypte à 11.45pm, 15 minutes avant d’envoyer la confirmation. C’était l’époque des attentats, il en était revenu meurtri, un bébé qu’il fallait sortir du Caire à toutes les fins de semaines pour éviter des problèmes de santé sachant combien la ville est polluée. Le Maroc s’offrait à nous, mais comme tu le sais même pour un natif si aucune expérience canadienne t’es foutu. Nous avons fait le bon choix. Tout comme toi, je ne comprends pas les gens qui se plaignent car sincèrement des millions de personnes échangeraient leurs places avec les geignards.
Merci pour ce beau billet et les souvenirs.
Mwah,
28 novembre 2007 à 1:14
Kenza
tiens un sujet sur lequel j’avais vraiment envie d’écrire depuis un bon moment déjà… les gens qui se plaignent tout le temps, les gens que rien ne satisfait, les gens qui ne sont jamais contents
il y’a des moments où on a envie de dire stop et tu le dit si bien, moi y’en as que j’ai rayé de ma vie, parce que de devoir tout le temps subir leur soupirs (très souvent injustifié) commençait à me paraître comme autant d’insultes à ceux qui sont vraiment dans le besoin et qui se battent quand même et qui s’en sortent quand même et qui souvent disent hamdeulah pour ce qu’ils ont….
beau billet en passant
28 novembre 2007 à 3:52
milysmilune
Mais curieusement, ceux qui en ont VRAIMENT besoin, on ne les entends pas. As-tu remarqué ? Il se débrouillent, demande discrètement une information.
Une grande complainte détaillée de long en large ? On crorait presque lire/entendre un rapport d’impôts pour bien étayer la grosse misère.
Mais pour ne pas me faire lancer de tomates, je serai aussi “obligée” de préciser que je sais de quoi je parles :s
28 novembre 2007 à 4:33
Kennza
@Loula: Merci à toi pour ton mot !
@Kenza: En effet, on en vient un jour à les rayer de notre vie ces personnes, car ils bouffent toute l’énergie que l’on peut avoir et nous font trop rager. Vaut mieux mettre l’énergie pour ceux et celles qui veulent s’aider. Et merci également pour ton petit mot !
@Milys: Tu as bien raison… Les gens qui en ont vraiment besoin marchent dans l’ombre. Ils n’étalent pas leur situation ici et là. Ils prennent les informations et s’activent, en remerciant cent fois plutôt qu’une pour l’aide qu’ils recevront en cours de route.
1 décembre 2007 à 11:00
bettyloo
Des fois les gens dans le besoin, et je ne parle pas nécessairement que matériel, demandent de l’aide qui ne vient jamais aussi
Mais tu as bien raison Milys, on ne les entends pas souvent ceux qui en ont vraiment besoin
1 décembre 2007 à 2:14
Blanche
Très beau billet, Kennza.
Même si j’ai mis de l’eau dans mon vin (ou bien une dose de politiquement correct?), je suis entièrement d’accord avec toi sur le fait que, si l’on n’a pas de handicap majeur (au sens propre ou figuré), il faut savoir se prendre en main…
Bravo de l’avoir fait!… et joyeux mois de décembre qui commence!
2 décembre 2007 à 4:30
kennza
@Bettyloo… En effet, les gens nécessiteux n’ont parfois pas l’aide dont ils ont besoin, mais reste que ce qui m’énerve, ce ne sont pas ces gens, mais ceux qui sont TOUJOURS dans le besoin, année après année. Ceux qui ne s’aident pas. Dans ce cas, j’aurais envie de leur sortir une phrase biblique: « Aide-toi et le Ciel t’aidera ». Ça serait juste à mon avis…
@Blanche : Je me suis longtemps retenue avant d’aborder ce sujet. J’y pensais déjà l’an dernier, mais je n’avais pas osé. Puis cette année, je me suis dit que ça m’aiderait à faire passer ma frustration.
Joyeux mois de décembre à toi également !
2 décembre 2007 à 7:35
bettyloo
c’est clair que certains abusent ou semblent “aimer” leur situation problématique.
C’est bien le fun se plaindre, mais vient un temps où les fesses auraient besoin d’un pied pour les aider
7 janvier 2008 à 1:20
chevredecourse
Je te lis pas mal en retard chère amie…
…tu as tellement raison…
toujours les mêmes qui rushent (à les entendre) et toujours à la même période… (on a tous qques noms qui se bousculent là dans notre tête hein)
…mais les vrais nécessiteux ne se plaignent pas…
on a toujours la possibilité de faire des moves pour changer les situations problématiques..
7 janvier 2008 à 10:19
kennza
Il n’est jamais trop tard M’dam.
Qui plus est, nous avons sûrement une petite liste de noms fort semblable.