On est de bonne oreille. On s’investit émotionnellement au fil des histoires aussi dingues les unes des autres. Tout lui arrive, tuile après tuile, brique après brique. Après un café en sa compagnie qui nous a évidemment vidé, on se demande quand la vie va enfin l’épargner. Après quatre de ses coups de téléphone dans la journée, on est aux prises avec ses problèmes, on réfléchit et on se demande quand les choses se calmeront pour elle. Lorsque nos problèmes nous affligent, on a immédiatement à l’esprit ses mille malheurs et on se console. Puis au gré d’une pleine confiance qui s’installe, elle nous en confie encore plus chaque jour. Un voisin qui l’épie, une connaissance qui souhaite sûrement sa mort, une inconnue qui l’a bousculé dans une boutique certainement parce qu’elle lui en voulait d’avoir acheté le seul chandail qu’elle convoitait. On ne doute pas, elle nous le raconte alors qu’elle est encore sous l’effet de la colère et on la croit. On la croit malgré les caisses d’histoires qui s’empilent dans un placard de notre cerveau. Et plus ça va, plus les histoires se répètent, plus il y a acharnement. Une idée foule notre esprit, mais on la chasse rapidement en se culpabilisant d’y avoir même songé. Alors on l’appelle, on prend de ses nouvelles et l’on fait de la place dans un autre placard pour les boîtes à venir. Elle en profite et nous assaille à toute heure du jour. Les mois s’écoulent et on réalise qu’on suffoque. Elle nous a bourré, nous a asphyxié et c’est maintenant que notre instinct de survie prend les rennes et nous guide à travers les tumultes qu’un esprit malade a semé. Et on s’en veut. On s’en veut d’avoir investit autant. On s’en veut d’avoir été aussi naïf et de s’être laissé mener par les vagues de ses délires et distorsions. On voudrait bien l’aider à cheminer vers les soins nécessaires pour le mal qui la ronge, mais on n’y peut plus rien. Elle a siphonné toute l’énergie qu’on avait et faut se l’avouer, rendu là, on préfère s’en éloigner. La maladie mentale n’est pas des plus faciles à côtoyer, surtout lorsqu’elle n’est pas traitée. Alors on coupe les ponts, on choisit de désormais penser à soi et sa famille et, à quelque part, on choisit de se protéger, car à ses yeux, l’on est désormais l’ennemi juré.